Quand l’utopie se prépare à la guerre – Terra Ignota, Tome 3 : La volonté de se battre, d’Ada Palmer

Titre : Terra Ignota, livre troisième : La volonté de se battre

Auteur : Ada Palmer

Genre : SF

Public cible principal : Adulte

Voilà une sortie que j’attendais avec impatience ! Et que je ne suis pas déçue d’avoir lu. Je remercie d’ailleurs les éditions Le Bélial’ pour le concours qu’ils ont organisé et qui m’a permis de gagner ce roman !

Les deux premiers tomes de cette série m’ont fasciné (pour lire ma critique du tome 1, Trop semblable à l’éclair, c’est ici ; quant au deuxième, Sept Redditions, je ne l’ai pas chroniqué, même si je l’ai grandement apprécié). Et puis, c’est quand même une série dont on a parlé chez Valeurs Actuelles (dans un article dont le titre est « Quand même la SF tombe dans le piège du progressisme ». Tout un programme). Si ça, c’est pas un gage de reconnaissance !

L’horizon indépassable des guerres et des religions

Les opus 1 & 2 traitent des évènements qui mènent un monde à sa fin. Fort logiquement, cette suite parle de ce qui se passe ensuite, de la manière dont le monde s’écroule Le titre est explicite à cet égard : la question centrale de ce roman est la guerre. Où plutôt ce qui se passe juste avant qu’elle ne se produise. Comment s’y préparer ? Quel genre de guerre mener ? Quand et comment la commencer ? Pour quelles raisons se battre ? Avec et contre qui s’affronter ? Comment s’en relever ? Quel monde veut-on construire ensuite ?

Un autre thème, plus discret, irrigue le récit : la religion. Il faut dire que ce qui est arrivé dans Sept Redditions a de quoi questionner les croyances de chacun. Difficile dans ces conditions de maintenir une règle, pourtant fondatrice de la société décrite dans Terra Ignota, l’interdiction de parler de sujets religieux (sauf avec une personne dûment formée à échanger autour de ces problématiques spirituelles). Ainsi, dans la continuité des épisodes précédents, ce sujet reste central et j’espère qu’il continuera à l’être. (Spoil des tomes précédents : Et alors, JEDD Maçon, dieu ou non ? Je penche plutôt du côté du non : ça reste une des « créatures » de Madame…)

L’univers a établi des bases solides dans les tomes précédents. Mais il reste quelques détails à mettre en scène, comme le rôle politique des personnes mineures.

Et au milieu de tout ça, on trouve l’être humain et ses paradoxes. Recherchant le calme et la paix mais se préparant à trucider son voisin. Capable tout autant de se dépasser, de se transcender physiquement et intellectuellement, que de passer sa vie dans une routine ronronnante et satisfaisante. La conquête de Mars et les Jeux Olympiques face à un canapé douillet et des repas chauds chaque jour.

Une toile narrative dense et trouée

On retrouve notre narrateur préféré, Mycroft Canner. Ses allégeances étant maintenant connues, il est plus simple de comprendre son point de vue et ses angles morts, de le situer lui, dans cette histoire dont il essayait au départ de se distancier. S’il se perd moins en digression que dans les premiers tomes (après tout, maintenant, l’univers est posé), sa fiabilité se détériore, son esprit vacille, obligeant parfois un autre personnage à intervenir sur le texte.

Adieu Diderot, Voltaire et Sade, ce tome porte le marque de Hobbes et de son Léviathan. Hobbes s’inscrit dans la narration comme un personnage à part entière, discutant et dissertant allègrement avec le lecteur, Apollo et Mycroft (qui doit avoir ma foi la tête bien encombrée avec toutes ces voix à l’intérieur !).

Beaucoup de personnages se croisent sur cette trame narrative dantesque. Heureusement, le roman s’ouvre sur une liste des noms et rôles des principaux protagonistes, comme au début d’une pièce de théâtre. Rappel d’autant plus utile que quelques nouveaux venus viennent encore s’ajouter à la liste en cours de route…

Du point de vue de l’écriture, outre les discussions susmentionnées, Ada Palmer s’autorise régulièrement à sortir des sentiers battus. Je citerais comme exemple une discussion qui agrège différents échanges en un tout unique, montrant que les mêmes questions et les mêmes impératifs traversent l’ensemble des forces en présence. Ou encore l’intervention de Maçon au Sénat, où la narration se scinde en deux colonnes, l’une rapportant le discours de l’orateur et l’autre décrivant les réactions des sénateurs.

Quand tout s’accélère…

Comparé aux tomes précédents, actions et retournements de situation sont plus nombreux. Et peut-être plus simple à suivre aussi : l’histoire de la liste volée du premier tome n’avait pas pour qualité première d’éveiller et attiser l’intérêt du lecteur, car il était difficile, dans un premier temps, d’en comprendre l’impact et l’importance. Alors qu’ici, quand une faction se déclare ennemi de telle autre, ou qu’un document est volé, on en saisi immédiatement l’intérêt et on regarde, horrifié et avide, la guerre qui se profile de plus en plus clairement à l’horizon…

Le mot de la fin

Ce nouveau tome confirme à mes yeux la qualité et l’originalité de Terra Ignota, une œuvre de SF intelligente et ambitieuse mêlant habilement idées des Lumières et société utopique.

Ce roman a beau être un gros pavé au langage parfois alambiqué, il se dévore plus qu’il ne se lit.

Vivement la suite !

Ailleurs sur la Toile : Les Chroniques du Chroniqueur, L’épaule d’Orion, Le syndrome Quickson, Le Dragon Galactique, Ombre Bones, Just A Word

5 commentaires sur “Quand l’utopie se prépare à la guerre – Terra Ignota, Tome 3 : La volonté de se battre, d’Ada Palmer

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