L’ensorceleur des choses menues, Régis Goddyn : une apologie du commerce dans un monde de fantasy

Fiche

Titre : L’ensorceleur des choses menues

Auteur : Régis Goddyn

Genre : Médiéval fantastique

Public cible principal : adulte

Préambule en forme d’avertissement :

Si tu aimes les bande-annonces qui dévoilent le dénouement des films, tu peux lire la quatrième de couverture, véritable résumé du roman. Si tu préfères découvrir page après page l’histoire imaginé par l’écrivain, ne jette pas un œil sur la description de texte faite par l’éditeur au dos de ce bel objet.

(J’ai repris ce texte de ma chronique sur Le problème à trois corps et la situation dans le cas présent est un peu moins grave que l’exemple précédemment cité. La majorité de la quatrième couverture joue bien son rôle. Cependant, le dernier paragraphe du résumé mérite de ne pas être lu, au risque de se priver du plaisir de la découverte du nœud de l’intrigue.)

Résumé :

Barnabéüs, vieil ensorceleur des choses menues, voit sa fin se profiler. Il ferme sa boutique et débute la rédaction de ses mémoires, l’histoire d’un garçon qui aurait pu être mage, mais a qui le destin refusa cette possibilité, le rejetant en-dehors de la cité où seuls vivent les détenteurs de la haute magie.

Mais une jeune fille, Prune, ne cesse de le déranger. Elle le supplie de l’aider à retrouver son fiancé, parti depuis plus d’un an vers la cité blanche, Agraam-Dilith, la ville où l’on devient mage.

Bon gré, mal gré, l’ensorceleur et la fiancée vont parcourir la voie du Haut Voyage, le chemin semé d’embûches des mages…

Le voyage, une transgression

Le voyage a une place particulière dans cet univers. Les gens ne se déplacent pas, en tout cas pas au-delà du village d’à côté. Pour quoi faire ?

Une exception : la caste des mages et sa tradition du Haut Voyage. Impossible d’atteindre un haut niveau de connaissance magique sans cette initiation.

En marchant dans les pas des mages, l’horizon de Prune et Barnabéüs va s’élargir, à tout les sens du terme.

La figure du marchand en héros de fantasy

Barnabéüs, figure centrale du roman, incarne un vieux commerçant, un peu bougon et un peu amer. Le bouleversement de son train-train quotidien le vivifie autant qu’il l’agace voire l’effraie. Difficile pour lui de remettre en cause sa connaissance et sa vision du monde, d’accepter que sa vie puisse être fondée sur des mensonges, s’accrochant parfois à ses convictions au point de paraître naïf.

Ses réactions sont inattendues pour un héros de fantasy, mais logique pour un commerçant : protection de son savoir-faire, notamment par le secret, stratégie pour se rendre utile autant que nécessaire auprès de sa clientèle (avec de l’obsolescence programmée magique),… [Il aurait d’ailleurs été intéressant que le texte s’interroge plus sur certains de ses aspects : comme l’obsolescence, justement, ou la prise de pouvoir d’une minorité par l’appropriation du savoir. Tant pis.]

Chaque nouvelle rencontre ressemble à une négociation, toute la vie de l’ensorceleur n’ayant été que commerce et tractation. Une approche intéressante, bien qu’un peu limitée, des rapports entre êtres humains et donnant un ton unique au roman.

Ce voyage va être l’occasion pour Barnabéüs d’étendre son commerce en se créant un réseau en dehors des frontières de sa ville et en acquérant de nouveaux sorts à chaque étape, comme une métaphore de la mondialisation ainsi que de la prise de pouvoir de la bourgeoisie sur la noblesse.

Un duo déséquilibré ?

Je parle principalement de Barnabéüs, car il me semble particulièrement atypique dans un roman de fantasy. Il y imprime cette ambiance d’affaires et de commerce plutôt originale (qu’on pourrait rapprocher du cycle de SF Les princes-marchands, de Charles Stross).

Prune est un peu plus « classique ». Mais, avec son intelligence, sa lucidité et son entêtement, elle est essentielle à l’histoire : elle en est le moteur. Sans elle, le récit n’existerait tout simplement pas (et Barnabéüs serait resté à râler et se lamenter chez lui).

La relation entre les deux personnages est en constante évolution : de compagnons de route par nécessité à maître et élève, en passant parfois par quelque chose de l’ordre de la séduction [ça m’a parfois un peu mis mal à l’aise, d’ailleurs].

Mort et transmission

En guise de fil rouge (et de nœud de l’intrigue) se trouve les notions de transmission et d’héritage, avec en toile de fond, la mort. Ces thèmes sont exposés dès le départ, le récit s’ouvrant ainsi :

« C’est quand son père vient à mourir qu’un homme sait n’être qu’un enfant vieilli. Perdu, il regarde derrière lui, n’y trouve quiconque et cherche un cap que personne n’est plus là pour fixer. Puis, il se tourne vers ses propres héritiers et lit avec effroi dans leurs yeux l’unique question d’importance : Papa, où allons-nous ? Il n’en sait rien, bien sûr, le papa ; il devient soudainement adulte et fait connaissance avec la peur. »

Je pense d’ailleurs que ce sont ces quelques lignes qui m’ont décidé à acheter ce livre (en plus du titre, que je trouve très poétique).

Mais si ces thèmes sont omniprésents dans le récit et permettent de comprendre les rouages de cet univers, je les ai trouvé insuffisamment fouillés et interrogés. Une (petite) déception.

En bref :

Une lecture agréable, notamment pendant toute sa partie voyage, avec un héros atypique et une histoire intéressante en raison de l’univers développé. Mais à laquelle il manque un peu de profondeur pour être extraordinaire.

J’ai lu le roman, je l’ai aimé, mais je ne suis pas sûre que je le relirai.

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