L’Arrache-Mots, de Judith Bouilloc #PLIB2020

Fiche

Titre : L’arrache-mots

Auteur : Judith Bouilloc

Genre : Romance et fantasy

Public cible principal : jeunesse, jeune adulte

Résumé :

Iliade, jeune bibliothécaire au cœur brisé, est doté d’un don peu commun : lorsqu’elle lit un texte à haute voix, celui-ci se détache de son support pour donner vie aux scènes lus. Sa vie va être bouleversée par la demande en mariage d’un inconnu dont elle ne sait qu’une chose, qu’il appartient à la famille royale.

Iliade rejoint donc la cour de Babel en vue de percer le mystère de ses fiançailles…

Notes de la bibliothécaire :

Je n’ai pas adhéré à cette romance fantastique sur fond de littérature classique.

L’arrache-mots vs La Passe-Miroir : un combat inégal

La première chose qui m’a gênée, c’est le parallèle difficile à ignorer entre ce roman et Les Fiancés de l’Hiver, le premier tome de l’excellente saga La Passe-Miroir.

Un univers magique, une jeune femme un peu décalée, dotée d’un pouvoir ; une demande en mariage mystérieuse à l’objectif obscur ; une cour décadente ; un noble aimant plaire au sexe opposé et faire des manigances ; un fiancé froid et torturé, au physique peu avenant et dont tout le monde se moque, mais également un homme droit et juste : les points communs sont trop nombreux pour être ignorés.

Cela ressemble vraiment à une fanfiction. Je n’ai rien contre les fanfictions. J’en ai beaucoup lu, j’en lis encore parfois et il m’arrive même d’en écrire (dont une dernièrement sur La Passe-Miroir). Les qualités littéraires de ces textes sont très variables, mais là n’est pas la question.

Ce que je sais, ce que les fanfics que j’aime, ce sont celles qui développent l’arrière-plan d’un monde, qui comblent les trous de l’œuvre première ou qui mettent les personnages dans des situations inédites. Les fanfics qui reprennent la trame scénaristique de l’œuvre originale pour la transposer dans un autre univers, comme 50 Nuances de Grey a copié la trame de Twilight pour l’intégrer dans l’univers du SM, ça m’intéresse nettement moins. Malheureusement, L’arrache-mots appartient pour moi clairement à cette dernière catégorie, rendant le roman très prévisible.

Des personnages et un univers manquant de profondeur

Même en faisant fi de cette comparaison peu avantageuse, de nombreux défauts restent présents.

J’ai trouvé l’héroïne assez vide. Est-elle une indécrottable romantique ou une sentimentale pragmatique ? Est-elle à l’aise avec les gens ou non ? Est-elle fascinée ou offusquée par la monarchie et sa valse de courtisans ? Admire-t-elle Athénaïs la courtisane ou la trouve-t-elle superficielle ? Quel est son avis sur la démocratie et les libertés individuelles ?

Je n’ai pas réussi à saisir qui elle était, ce qui la faisait avancer. Du coup, ses réactions me semblaient souvent incohérentes. (Se marier ? Pas se marier ? Combien de fois a-t-elle changé d’avis au cours du récit !?). De plus, elle va faire des choix politiques, sans qu’on sache jamais vraiment quelles sont ses convictions (en littérature jeunesse récente, Engrenages et Sortilèges traite bien mieux la question politique que L’Arrache-Mots).

Quant aux autres personnages, leur épaisseur est fortement variable. La famille d’Iliade m’a semblé sans intérêt et sans impact. Ses sœurs ont biens quelques traits distinctifs, mais ces traits sont énoncés sans être mis en scène. Et la plupart des autres personnages sont également monolithiques. A l’exception du fiancé d’Iliade, qui a le droit a une personnalité un peu plus fouillée (bien que fort proche d’un certain intendant de la Citacielle. Un peu plus que cela, même).

Enfin, l’univers du roman m’a semblé incomplet. Il offre de belles images, de jolies scènes. De multiples petites touches d’originalité. Mais qui ne s’assemble pas en un tableau homogène. En fait, je trouve l’univers de L’arrache-mots assez inconsistant (Au contraire de Magic Charly, par exemple, qui propose un univers à la fois bariolé et cohérent).

Une chose me pose particulièrement soucis : le manque d’informations sur le passé historique de ce monde. Cela me gêne car Iliade, jusque dans son nom, fait référence à des auteurs de notre réalité. Des poèmes d’Hugo sont cités, des extraits d’Homère disséqués, des auteurs contemporains détournés. Il y a donc une base commune entre notre monde et celui de Babel. Et cela nous est rappelé constamment à travers l’incessant name dropping d’œuvres classiques. Mais quel est le lien entre notre monde et celui du roman ? A quel moment et pourquoi la magie a-t-elle envahie le monde ? Ce sujet n’est pas évoqué dans le récit, à aucun moment. Un trou béant omniprésent durant ma lecture.

Romance et littérature : rien pour me plaire

Il y a des thèmes qui nous touchent, d’autres qui nous lassent. Dans ce roman, on trouve deux choses qui m’agacent : une histoire d’amour et une ode à la littérature.

Dans les œuvres de fiction, la romance, ce n’est pas ce quelque chose dont je raffole. Une aventure médiévale fantastique passable ne me dérangera pas plus que ça et pourra quand même me divertir. Une histoire d’amour moyenne m’ennuiera profondément. Or, la relation entre Iliade et son fiancé est vraiment au cœur de l’histoire, au détriment de l’intrigue politique qui ne semble être qu’un prétexte pour la romance. Et cette romance, je ne la trouve pas mémorable, loin de là.

De plus, je me suis rendu compte il y a quelque temps déjà que je pars avec un a priori négatif sur les livres parlant de littérature (cela m’a aussi gêné récemment dans ma lecture d’un autre livre du PLIB 2020, Le Vert-de-Lierre). Cela me donne l’impression d’avoir un bibliothécaire ou un prof de français qui me tape sur l’épaule en me disant « regarde, c’est formidable de lire ! C’est incroyable la littérature ! ». Ou un auteur qui me fait des clins d’œil de connivence : « regarde, je suis comme toi, j’aime les romans et les beaux livres ».

Je trouve facilement ça lourd. Je lis pour m’évader, rêver et réfléchir. Pas pour lire des phrases me racontant que des gens lisent et aiment ça. J’imagine que ça peut permettre à certains lecteurs de s’identifier aux personnages. Mais ça ne marche pas très bien avec moi.

Et puis, je n’ai pas trouvé les insertions de textes classiques dans le récit particulièrement utiles ou judicieuses. A part un quiproquo autour de Racine, la littérature n’apporte pas grand-chose à l’intrigue. Elle sert juste de décorum.

Avis :

Ce roman n’a pas été pour moi un très bon moment de lecture.

Une intrigue politique plutôt qu’une romance m’aurait sans doute plus convenue.

L’univers proposé a parfois des fulgurances de poésie et d’inventivité. Mais l’ensemble manque de profondeur et de cohérence.

 

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