L’estrange malaventure de Mirella, de Flore Vesco

Fiche

Titre : L’estrange malaventure de Mirella

Auteur : Flore Vesco

Genre : Conte

Public cible principal : jeunesse

Personnages : une porteuse d’eau détenant un pouvoir dont elle n’a pas conscience => +

Intrigue : pendant une canicule infernale, les rats infestent la ville de Hamelin, amenant avec eux la peste => +

Construction du récit : un récit chronologique, parsemé de chants => +

Univers : un bourg allemand à la hiérarchie stricte => +

Thèmes : le passage à l’âge adulte, les inégalités => +

Style : un phrasé unique créatif grâce à son vocabulaire d’inspiration moyenâgeuse, le tout teintée d’une joyeuse ironie => ++

Notes de la bibliothécaire :

Ce récit est une réécriture d’un conte classique que j’aime beaucoup et que je trouve insuffisamment connu (ça, c’est parce que Disney ne s’en est pas encore emparé) : le joueur de flûte de Hamelin.

Le conte original, résumé rapide

Hamelin, petite bourgade allemande, se voit envahi par des rats. Un joueur de flûte s’en vient et débarrasse la ville des nuisibles (contre la promesse d’un bon paquet d’or) en les charmant par sa musique et en les emmenant se noyer dans une rivière. Mais, au moment où il vient réclamer son argent, les habitants refusent de le payer. En guise de vengeance, il retourne en ville et utilise le pouvoir de sa flûte pour attirer tous les enfants du village et les guider jusqu’au fond d’une grotte dans laquelle ils disparaissent pour toujours.

L’orpheline dans un monde sale et méchant

Dans la version de Flore Vesco, le traditionnel personnage du joueur de flûte va se faire discret au profit d’une adolescente, Mirella, occupant une des places les plus basses de la hiérarchie sociale locale. Une jeune fille gentille, discrète, tentant de survivre dans un monde difficile.

En effet, Hamelin présente une version fictionnelle (et j’insiste sur ce terme) particulièrement sombre du Moyen-Âge. Ainsi, Mirella ne peut pas faire un pas sans craindre un viol (j’ai même parfois trouvé ça un peu lourd).

Ce manichéisme, qui m’a parfois un poil énervé, se justifie facilement du fait que le récit s’apparente à un conte. Et puis, cela donne lieu à d’innombrables passages à l’humour décapant. Chaque apparition du bourgmestre, dirigeant politique sans empathie, à l’imagination réformatrice sans limite, donne lieu à une description succulente.

L’histoire se développe lentement. D’abord la chaleur. Puis les rats. Et avec eux la maladie. On assiste à la descente aux enfers du village et on voit Mirella se faire de plus en plus exploiter. Cette lenteur m’a parfois un peu ennuyé, mais elle permet de prendre du temps pour développer l’univers et les personnages. Et l’écriture de Flore Vesco rend cette mise en place intéressante.

Grandir dans le rejet quotidien

Au milieu de ce monde où la mort s’immisce, Mirella va grandir. Au départ, elle se fait discrète pour éviter les ennuis. Et puis, elle, la pauvrette, l’orpheline, la sorcière, va prendre conscience de ce qu’elle est capable de faire et va se mettre à lutter.

Comme beaucoup de récit sur l’adolescence, l’amour, la mort et les responsabilités pointeront le bout de leur nez. Mais le thème central du roman est la différence. Mirella, pour de multiples raisons, est une marginale, une sacrifiable à laquelle personne ne vient jamais en aide. Elle représente les femmes dominées et malmenées, les personnes différentes servant de bouc émissaire à la colère populaire, les personnes rejetées ou ignorées en raison de leur physique ou de leur milieu social.

Mais elle est une figure héroïque aux valeurs nobles : courage et bonté forgent son caractère. Ainsi, la différence est présentée de manière positive. Ce n’est d’ailleurs pas anodin qu’un des rares soutiens de Mirella soient les lépreux de la ville…

Un peu comme Félines, ce récit encourage toutes les personnes ayant subies des discriminations à relever la tête avec fierté et à exister en pleine lumière.

Avis :

Un récit teinté de féminisme dont j’ai trouvé le rythme parfois un peu lent, mais renouvelant avec intelligence un conte que j’adore, écrit dans un style médiéval savoureux à l’humour omniprésent.

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