L’enfant de poussière, Patrick K. Dewdney

Fiche

Titre : L’enfant de poussière

Auteur : Patrick K. Dewdney

Genre : Médiéval fantasy rural

Public cible principal : adulte

Niveau : relativement exigeant

Personnages : Syffe, un jeune garçon, au passé mystérieux, évoluant parmi une galerie de personnages peuplant une petite ville => ++

Intrigue :  au premier plan, la (sur)vie de Syffe. Au second plan, les prémisses d’intrigues politiques complexes. En arrière-plan, un mystère occulte => ++

Construction du récit : souvenirs d’enfance racontés à la première personne par un Syffe adulte => +

Univers : un univers médiéval fantastique où le danger a plusieurs sources et où les lieux ont des consonances francophones => +

Thèmes : le passage de l’enfance à l’âge adulte et l’apprentissage lié à ce passage => +

Style : ciselé et tranchant => ++

Conseil préliminaire :

Ne. Lisez. Pas. La. Quatrième. De. Couverture.

Vraiment.

Ce n’est pas une présentation du livre, mais un résumé de quasiment toute l’intrigue !

Bref, si vous avez vu passer ce roman et qu’il vous fait envie, lancez-vous tout de suite sur sa première page sans un œil pour ses inscriptions dorsales !

Notes de la bibliothécaire :

Si on s’arrête aux premiers abords, L’enfant de poussière semble être un roman d’apprentissage médiéval fantastique parfaitement stéréotypé. Mais ce serait faire erreur de s’arrêter là. Une grosse erreur. Car ce texte dégage une atmosphère vraiment unique.

Ce qui m’a tout de suite happé, c’est l’écriture même. Le premier chapitre a le goût nostalgique de l’enfance et les odeurs de l’été qui se meurt doucement pour se muer en automne. Il installe aussi les bases de l’histoire : le quotidien de Syffe, un gamin des rues et des forêts dont la vie oscille entre jeux et survie, le tout enveloppé d’un léger mystère concernant Syffe lui-même, sa naissance et son avenir. L’ensemble du roman captive le lecteur en utilisant cette manière d’écrire, mêlant les ressentis de l’enfant qu’était Syffe et les remarques pleines de sous-entendus de l’adulte qu’il est devenu, avec une plume aussi élégante qu’incisive, aussi contemplative que dynamique.  Un style que je rapprocherais de celui de Beauverger dans Le Déchronologue : à la fois crû et travaillé, poétique et terre à terre.

Un roman médiéval fantastique ? Oui, mais…

L’histoire se déroule dans un univers médiéval-fantastique somme toute assez classique. Ce qui le différencie des autres, c’est la manière dont il est mis en scène. A part les extraits et citations se trouvant au début de chaque partie et les quelques allusions obscures du narrateur au cours du récit, le roman ne s’attarde pas sur une présentation encyclopédique de son monde. Parfois, Syffe entend les adultes parler d’évènements politiques, mais comme ça n’intéresse pas l’enfant qu’il est à ce moment là et que ces connaissances dans ce domaine doivent de toute façon être assez limitées, ça s’arrête là. Pas non plus de longues descriptions du passé, qu’il soit historique ou mythologique, ni de listing des créatures existantes.

Dans ce tome, tout se passe à hauteur d’enfant. Sauf que. Il y a les textes en début de partie qui dressent en quelques lignes l’histoire des lieux. Et puis. Le livre est écrit à la première personne et on sent bien que l’adulte qui raconte ses souvenirs d’enfance est une personne avec un vécu imposant et un regard large sur son environnement politique. Des graines sont semés, des relations esquissées. Même si tout n’est pas clair pour le Syffe enfant, le Syffe adulte comprend mieux dans quel schéma il était impliqué, et le lecteur adulte qui lit tout ça peut lui aussi tirer certaines conclusions et émettre quelques suppositions.

Ce monde est la réalité de Syffe, et il est traité en tant que tel par le récit : on le découvre à travers ses yeux et ses actions. Ce qui existe, c’est ce que Syffe a pu voir, ce qui a un impact sur lui. C’est particulièrement visible en ce qui concerne les éléments fantastique de l’histoire. Les créatures « extraordinaires » qu’il rencontre, on sait qu’elles font parties de l’univers du roman, au même titre qu’une oie ou un cerf. Ils sont d’ailleurs tous traités comme des animaux, sans distinction entre ceux issus de notre réalité et ceux imaginaires. Le reste n’est que rumeur et on-dits…

Pour se prononcer sur l’existence réelle d’une créature fantastique, deux solutions : faire confiance à ceux qui prétendent les avoir vu ou se déplacer pour les rencontrer soi-même…

Car l’espace est géré d’une manière très réaliste. L’univers de Syffe, au début du roman, c’est sa ville et l’orée de la forêt. C’est d’ailleurs ce qui est représenté sur les cartes séparant chaque partie. Le reste, c’est l’étranger, l’inconnu.

Même d’une ville à l’autre, les informations ne se diffusent pas instantanément. Elles galopent à vitesse de monture, au mieux, et s’épuisent au fur à mesure qu’elles s’éloignent de leur lieu d’origine. Qui s’intéresse aux nouvelles d’une localité dans laquelle on ne se rendra probablement jamais ?

[D’ailleurs, lors de mon voyage aux Utopiales de 2018, j’ai entendu quelques phrases de l’auteur à ce propos, lors de l’enregistrement de l’émission radiophonique Le grand entretien. Il y parlait du rapport à l’espace dans son livre, en le comparant avec beaucoup d’autres romans ayant ce qu’il appelle un rapport moderne à l’espace. Il y parlait aussi des éléments surnaturels de son œuvre, naviguant entre vie quotidienne et rumeur, cette approche se basant aussi sur cette question de l’espace. L’interview avait l’ait très intéressante, mais étant à ce moment là accompagnée d’une personne n’ayant pas encore lu L’enfant de Poussière, nous nous sommes rapidement éloignés pour que rien ne lui soit divulgâché.]

Le temps est lui aussi traité d’une manière assez particulière. Le rythme est à la fois lent et hypnotique. On ne s’essouffle pas dans une course trépidante, mais on marche tranquillement. En général. Car parfois, les choses s’accélèrent un évènement en entraînant un autre dans une suite implacablement logique. Un rythme du quotidien.

Et tout cela donne à ce roman du poids, de la densité, comme une botte alourdie de boue après une marche dans un champ ou une forêt.

Autre trope de fantasy réinterprété dans ce récit : la figure du vieux sage.

Le vieux sage est une figure récurrente du récit d’initiation et de la fantasy. Gandalf, Obi Wan, Dumbledore, autant d’exemples célèbres au milieu d’une liste presque infinie.

Ici, il n’y en pas un, mais trois. Ils ne sont pas forcément si vieux et si sage que ça d’ailleurs, mais tous vont tenir lieu à leur manière de figure paternelle pour Syffe l’orphelin. Des pères de substitution imparfaits, traînant leur lot de casseroles et de secret, mais qui vont aider Syffe à grandir. Des symboles d’autorités qui vont le guider et l’éduquer. Sans pour autant être présenté comme omniscient ou supérieur : ils gardent une dimension humaine.

Des « pères » que Syffe va plus souvent subir que choisir. Car l’enfant qu’il est se fait plus porter par les évènements qu’il ne les provoque. Il réagit plus qu’il n’agit.

J’aurais envie de vous parler de chacun de ces « sages ».

Ou vous parler de la place de l’amitié et de l’amour dans la roman.

Ou partager avec vous ce qui attise ma curiosité, ainsi que mes hypothèses sur les mystères de ce roman.

Mais ce serait vous gâcher le plaisir de rencontrer chacun de ses personnages au fil des mots et d’apprendre à les connaître au côté de Syffe.

(Et puis, j’ai déjà mis trop de temps à publier cet article. Si je devais dire tout ce que j’avais à dire sur ce roman, je crois qu’il me faudrait encore quelques longues semaines…)

Avis :

Certainement mon plus gros coup de cœur de 2018 !

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